Du corps du Christ au corps des prêtres :
respecter le corps offert par Dieu

Deux interventions marquantes ont ponctué la journée nationale dédiée aux personnes en charge du suivi de la santé des prêtres, organisée le 13 octobre 2022 à la Conférence des évêques de France. Découvrez ci-après la conférence donnée par le Père Christophe Disdier-Chave et retrouvez celle du Père Jean-François Berjonneau sur les cinq raisons de prendre soin de son corps en cliquant ici.

Le christianisme est la religion du corps.

Du corps du Christ au corps des prêtres : respecter le corps offert par Dieu

D’après la conférence du Père Christophe Disdier-Chave

Curé du diocèse de Digne

Dès le préambule de son intervention intitulée Du corps du Christ au corps des prêtres : respecter le corps offert par Dieu, le père Christophe Disdier-Chave affirme que « pour la plupart de nos contemporains et un certain nombre de chrétiens, le christianisme se méfie du corps, voire le méprise. Or, le christianisme est la religion du corps. » Ce qu’il va  démontrer en trois temps :

  • l’unité entre le corps et l’âme
  • Jésus, l’amour incarné du Père
  • du corps du Christ au corps du prêtre

L’unité entre le corps et l’âme

Le Fils unique du père, en s’incarnant, a conféré à notre corps une dignité incomparable.

Le père Christophe Disdier-Chave, spécialisé dans les questions d’éthiques affectives, relationnelles, précise en effet qu’en s’incarnant, «Dieu a donné une dignité exceptionnelle à notre corps» :

  • le christianisme est la religion des sacrements, ayant tous un rapport au corps ;
  • c’est aussi la religion de l’Eucharistie, avec la consommation quotidienne du corps du Christ ;
  • c’est enfin la seule religion proclamant la Résurrection des corps, de la chair.

Pour le père Christophe, affirmer que le corps a moins de valeur que l’âme est ainsi «une hérésie. Pour un chrétien, le corps et l’âme ont la même valeur.»

Alors que certaines traditions spirituelles ont tendance à les séparer, «le christianisme authentique articule le corps et l’âme dans la prière. Le corps occupe une place centrale dans la liturgie. L’Eucharistie est au centre de notre vie. C’est le don le plus spirituel que Dieu nous fait de lui : la consommation de son corps.»

Et le père de citer Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens : «Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu.»

Puis d’évoquer le Cantique des cantiques, «un livre charnel qui ne parle que des corps et de désir. C’est la plus belle parabole de ce qu’est l’amour de Dieu. Un amour charnel, profond et passionné »

Dans son intervention, l’ecclésiastique cite une conférence du pape François, datant de mai 2021, dans laquelle le Saint Père évoque la tripartition corps, esprit et âme, et l’unicité de l’homme dans ces trois dimensions. «Cette tripartition est peut-être la richesse de la pensée biblique : l’homme est composé d’un corps, d’une âme et de l’esprit et on ne peut pas les séparer.» «C’est l’homme tout entier, y compris la chair, qui est créée à l’image de Dieu.»

Des fonctions propres au corps, comme boire ou manger, sont ainsi appliqués à l’âme (« Mon âme a soif », Psaumes 42:3). La vie spirituelle ne consiste donc pas à mettre son corps de côté :  je vais à Dieu avec tout ce que je suis. Les gestes, les attitudes et les actes que nous posons avec notre corps doivent être en cohérence avec les intentions qui habitent notre cœur. Cette unification de soi témoigne que si l’homme est un être spirituel, il n’existe que parce qu’il est incarné.»

Selon le père Christophe Disdier-Chave, il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle : «Il doit respecter son corps, créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour. Le corps est ce qui permet aux hommes de s’unir et de communier. Car nos âmes s’étreignent toujours à travers un intermédiaire : l’œil, le sourire, la main ou le baiser. Voir une âme dans la pureté de son être est réservé à son Créateur. Nous, les hommes, avons besoin du corps pour cela.»

Le corps est ainsi « un instrument admirable au service de l’âme », pouvant devenir opaque, dangereux, résistant. «Le corps peut résister à l’effort intellectuel, paralyser l’activité spirituelle. L’âme peut utiliser le corps pour se dérober ou s’isoler. L’âme peut faire du corps une barrière infranchissable. Les corps peuvent aussi être l’un contre l’autre sans que les âmes ne se rencontrent vraiment… Le corps donc doit être soumis à l’âme et pourtant la chair résiste à l’esprit, nous ne le savons que trop. Cette unité entre nous, cette unité en nous, est donc toujours à faire.»

L’homme devient vraiment lui-même quand le corps et l’âme se trouvent dans une profonde unité.

Le père Christophe Disdier-Chave cite ensuite le pape Benoit XVI, résumant ces idées dans sa première encyclique Deus Caritas Est (Dieu est amour, 2005) : «L’homme est à la fois corps et âme, l’homme devient vraiment lui-même quand le corps et l’âme se trouvent dans une profonde unité. Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veuille refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors l’esprit et le corps perdent leur dignité. Et s’il renie l’esprit et considère donc le corps comme la réalité exclusive, il perd également sa grandeur.»

Enfin, Christophe Disdier-Chave fait référence à un Angélus de midi du pape François : «Le corps n’est pas un obstacle ou une prison de l’âme. Le corps est créé par Dieu et l’homme n’est pas complet s’il n’est pas union du corps et de l’âme. Le corps est donc merveille de Dieu, destiné en union avec l’âme à exprimer pleinement son image et sa ressemblance. Par conséquent nous sommes appelés à avoir un grand respect et à prendre soin de notre corps et celui des autres.»

Jésus, l’amour incarné du Père

Sous la forme du pain et du vin consacré, Jésus ne nous donne pas quelque chose, il se donne lui-même.

«Le Fils unique du père, en s’incarnant, a conféré à notre corps une dignité incomparable. Dieu, pour que nos corps soient sauvés, lui qui par nature est incorporel, impassible et incorruptible, a voulu prendre un corps animé d’une âme raisonnable comme la nôtre pour naître, pour vivre, pour souffrir, pour mourir et ressusciter. Tout ceci afin que nous devenions en lui et par lui incorruptibles et impassibles. Le corps est digne de la gloire de Dieu, c’est pourquoi notre corps sera un jour glorifié.»

«En nous donnant son corps à manger et son sang à boire sous la forme du pain et du vin consacré, Jésus ne nous donne pas quelque chose, il se donne lui-même, continue le père Christophe Disdier-Chave. C’est le don par excellence. Comme l’affirma un jour le pape Benoît XVI, la transformation ne doit pas s’arrêter là. C’est plutôt à ce point qu’elle doit commencer pleinement.  Le corps et le sang du Christ nous sont donnés afin que nous soyons nous-même transformés à notre tour.»

Du corps du Christ au corps du prêtre

Etre signe de Jésus qui aime tout homme et toute femme comme s’il était unique à ses yeux.

Dans son exhortation apostolique post synodale Pastores dabo vobis, le pape Jean-Paul 2 présentait ainsi l’identité du prêtre : « Dans l’Église et pour l’Église, les prêtres représentent sacramentellement Jésus Christ Tête et Pasteur, ils proclament authentiquement la Parole, ils répètent ses gestes de pardon et d’offre du Salut, surtout par le baptême, la pénitence et l’Eucharistie, ils exercent sa sollicitude pleine d’amour, jusqu’au don total de soi-même, pour le troupeau qu’ils rassemblent dans l’unité et conduisent au Père par le Christ dans l’Esprit.»

 «Devenez ce que vous recevez, devenez le corps du Christ, nous fait proclamer un chant de communion, reprend le père Christophe Disdier-Chave. Cela est vrai de tout fidèle, laïc ou prêtre, mais cela doit se réaliser en premier lieu en celui que l’Église définit comme un alter Christus, car le prêtre est invité à devenir modèle du troupeau. Nous devons devenir corps du Christ »

Selon le père, l’essence du sacerdoce est de «représenter Dieu et de donner son corps. C’est ce qui justifie mon célibat sacerdotal : il m’est demandé de ne rien préférer à l’amitié du Christ, ce qui se traduit par le don total de moi-même au Christ, et par le Christ le don total de moi-même à celles et ceux vers lesquels il m’envoie. Comme le Christ, j’ai choisi de ne privilégier affectivement personne, pour être signe de Jésus qui aime tout homme et toute femme comme s’il était unique à ses yeux. Je suis libre de toute affection humaine exclusive afin d’être tout entier au service de celles et ceux qui me sont confiés corps, sang et âme.»

«Comme l’affirmait un jour le pape Benoît XVI, l’Eucharistie doit nous attirer dans l’acte d’offrande de Jésus de tout nous-mêmes, y compris de notre corps et de notre vie. Et dans son encyclique Fratelli tutti, le pape François écrit que devenir serviteur, c’est être capable d’attention à l’autre, de prendre soin de l’autre. Ainsi, après l’Eucharistie, comment, dans un presbyterium ou dans une Église diocésaine, prenons-nous soin les uns des autres, en particulier de nos frères aînés et les plus fragiles ? Parvenons-nous à ne pas laisser en souffrance les moments de détente conviviaux, le sport en commun ou encore les sorties pour prendre soin de notre corps, de notre âme et de notre esprit, de notre personne tout entière ?  Car cela nous permet ensuite de mieux prendre soin de celles et ceux que le Seigneur nous confie dans son corps mystique.»

Conclusion

Le père Christophe Disdier-Chave insiste sur le fait que «le corps est un ami au service de notre moi profond. Le corps est le reflet de mon âme, le corps est au service de l’amour de charité qui est le véritable amour. Pour sortir de moi et rejoindre l’autre, il faut que je le fasse avec mon corps, avec mon être tout entier.  Notre corps doit être pris au sérieux et il n’est pas haïssable parce que Dieu s’était fait corps.»

Le corps est un ami au service de notre moi profond.